Une décennie mondiale pour la justice climatique, pour quoi faire ?

Face aux effets amplificateurs des évolutions climatiques sur les injustices, le Conseil Œcuménique des Églises invite à s'engager collectivement

Justice et injustices climatiques

La justice est une valeur morale consistant à donner à autrui ce qui lui est dû ; elle est omniprésente en contexte biblique, et centrale dans les programmes du Conseil Œcuménique des Églises (COE). Dans le cadre particulier des enjeux climatiques, elle consiste à agir pour protéger les plus vulnérables contre les conséquences des changements induits et à veiller à une répartition juste des efforts d’adaptation.

 

Inversement, on peut considérer les injustices climatiques. A titre d’exemple, dès 2021 la Banque Mondiale estimait à plus de 200 millions le nombre de personnes qui devraient quitter d’ici 2050 leur zone de vie actuelle à cause des changements climatiques (multiplication des inondations, épisodes météorologiques extrêmes, sécheresse). Ce risque pèse prioritairement sur les pays d’Afrique sub-saharienne, d’Asie du Sud, et d’Amérique latine ; or ce sont les zones du monde les moins émettrices des gaz à effet de serre responsables de ces changements. Il y a là une situation injuste à l’échelle mondiale. De telles inégalités climatiques existent aussi à l’intérieur d’une population donnée : les plus pauvres – qui ont, parce qu’ils consomment moins, la plus faible empreinte carbone – sont les plus impactés (habitat inadapté, manque de ressources pour trouver des alternatives, plus grande fragilité face aux fluctuations des coûts de l’alimentation, etc.) De fait, les changements climatiques accroissent les inégalités sociales.

 

Le terme de « justice climatique » peut également renvoyer à des actions de nature juridique visant à obtenir des États ou des décideurs qu’ils respectent leurs obligations climatiques. Ces actions en justice sont de plus en plus fréquentes. Ainsi, la justice climatique fait partie intégrante de la justice économique et sociale et exige de façon constante vigilance et actions appropriées. 

 

Les injustices climatiques dans l'actualité

Au début des années 2000 une controverse scientifique a éclaté à propos du Vanuatu. La montée des eaux, bien réelle, était-elle due aux changements climatiques ou à des phénomènes tectoniques naturels ? A l’époque, certains travaux scientifiques soulignaient que, dans ce cas particulier, les changements climatiques n’étaient pas les seuls responsables de la situation. Mais « pas les seuls » ne veut pas dire « pas du tout ». Ces changements ont bien amplifié un phénomène naturel.

 

En 2024, les Tuvalu ont conclu un traité avec l’Australie pour accueillir, si besoin, l’ensemble de leur population, menacée elle aussi par la montée des eaux liée aux changements climatiques. En décembre 2025, un premier contingent de ces migrants climatiques, parmi lesquels un pasteur, est ainsi arrivé en Australie, abandonnant son pays et son mode de vie. Et pourtant, les Tuvalu émettent annuellement moins de 2 tonnes éq. CO2 de gaz à effet de serre par habitant.

 

Plus près de nous géographiquement, l’Espagne a récemment décidé de développer un réseau « d’abris climatiques », afin d’aider la population à se protéger des vagues de chaleur désormais quasi-continues l’été dans ce pays. Ces abris seraient notamment implantés dans les quartiers où la chaleur est la plus forte… Ce sont les « ilots de chaleur urbains », qui s’observent en particulier dans les zones d’habitat défavorisé, sans espaces verts et aux immeubles mal conçus pour faire face à ces situations (les « passoirs thermiques »). Il est donc possible de prendre des mesures pour combattre les injustices climatiques.

Le programme du COE

Face aux évolutions trop rapides du climat, considérant que les chrétiens et les Églises ont un devoir moral de s’engager pour réduire les causes et les effets de ces bouleversements, le COE a engagé en juin 2025 une Décennie pour la justice climatique et produit des outils pour soutenir ses Églises membres – dont la nôtre – dans leurs efforts dans ce domaine.

Le président du Comité Central du COE a déclaré récemment que l’enjeu de justice climatique est « au cœur du Pèlerinage de justice, d’unité et de réconciliation », et qu’il incombe aux Églises de soutenir avec clarté que les transformations nécessaires relèvent du devoir moral. Mais il a aussi souligné que « l’impact de cette décennie se mesurera à l’aune des efforts des Églises et de leurs paroisses partout dans le monde ».

 

Alors comment allons-nous, personnellement et en Église, nous engager pour cette justice ?

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