A propos du Mercosur...
Chers amis,
Nos journées dans le Lot-et-Garonne nous laissent de très bons souvenirs. C’est une région que beaucoup d’entre nous ne connaissaient pas. Les paysages, les visites, la gastronomie, les liens effectués ont fait l’unanimité. Nous avons pu, aussi, goûter à la vie de château… L’ambiance était comme d’habitude chaleureuse et bienveillante ? Merci encore à l’équipe qui nous a reçus, sans laquelle rien n’aurait été possible. Et je souhaite que les liens tissés se perpétuent. Dans ce numéro, vous trouverez quelques comptes-rendus de visites. Nous avons tous été impressionnés par l’audace de ces familles pionnières venues de Suisse pour développer la production de tomates, de pruneaux et la transformation du lait.
J’aurais aimé connaître leurs réflexions suite à la visite de notre Président au Brésil début novembre, à sa conclusion favorable à l’accord de libre-échange avec le Mercosur, à la condition que les clauses de sauvegarde agricoles soient respectées.
Je pourrais, comme ancien agriculteur, suivre le mouvement et dire que le Mercosur est une menace pour l’agriculture française, mais analysons de plus près. Notre production de viande par rapport à la consommation est à l’équilibre en viande porcine. Nous ne produisons que 50% de nos besoins en volailles et 75% en viande bovine.
L’Ukraine nous fournit une bonne partie de nos besoins en volaille, le Brésil et l’Argentine nous exportent les 25% de viande bovine qui nous manque. La question qui revient souvent est : est-ce que les normes sanitaires et les conditions d’élevage sont aussi strictes que les normes européennes ? En effet la traçabilité du cheptel et son lien avec la déforestation sont un angle d’attaque pour ses détracteurs qui dénoncent une concurrence déloyale. Les producteurs français soumis à des normes de production plus strictes risquent de se trouver désavantagés face à leurs homologues du Mercosur. Les coûts de production y sont généralement plus bas, en raison des normes environnementales et sociales moins contraignantes.
L’élevage est extensif, les animaux sont en liberté, nourris à l’herbe. La viande de bœuf brésilienne séduit par sa texture tendre, son persillage équilibré et son arôme naturellement intense. Pour ceux qui auront la chance d’y aller, offrez-vous un repas dans un Churrascaria, c’est mémorable. Il n’y a aucun doute sur la qualité de la viande qui provient d’Argentine ou du Brésil.
Elargissons notre point de vue à l’ensemble de l’économie de l’Europe et de la France en particulier. La réduction des barrières tarifaires permettra aux produits français, notamment ceux bénéficiant des AOP et AOC, comme les fromages et le vin, d’accéder plus facilement à un marché en forte croissance. Ces labels garantissent la qualité et l’authenticité des produits français, leur conférant un avantage compétitif notable face à la concurrence. Parallèlement, l’industrie haut de gamme française, en particulier dans les secteurs du luxe, de l’automobile, des technologies, bénéficiera d’un accès simplifié aux marchés.
Compte tenu des taxes douanières que nous imposent les Etats Unis, de la compétitivité des produits chinois – je pense en particulier à la pression sur les prix des voitures électriques – et de la fermeture du marché russe, le Mercosur est pour moi une opportunité à saisir. Si nous ne sommes pas présents, d’autres prendront la place. Il faut bien regarder l’économie française et européenne dans son ensemble pour pouvoir juger.
Je conçois que le syndicalisme agricole adopte une posture pour faire plaisir à ses adhérents, davantage par habitude que par conviction. Méfions-nous de l’évidence première pour nous ouvrir à la complexité du sujet. Qu’en pensez-vous ?
Je souhaite que cette fin d’année soit célébrée pour vous tous dans la joie, la convivialité et vous maintienne en bonne santé.
Joël Vahé
Vie Rurale n° 131, octobre 2025
Les congressistes ont été accueillis par