Méditation pour un matin de fortes chaleurs

Une méditation du pasteur Hugues Girardey sur Habaquq 3 et Romains 8

Canicule et crise climatique

Dimanche dernier nous étions dans le jardin du presbytère de Belfort. Nous essayions surtout de retrouver une température corporelle normale… après un culte qui avait pris quelques degrés de trop. Non sur le fond mais dans le lieu : nous avions eu le bonheur de découvrir un temple étuve ! En trinquant, Anne-Laure me glisse : « Au fait, c’est toi qui fais la méditation samedi prochain. » Et je me suis surpris à rester avec deux images.

 

La première, c’est cette chaleur. La deuxième canicule avant même l’été (et une troisième, vraisemblablement, pointe déjà son nez). On finit presque par s’y habituer. Non pas parce que cela devient normal, mais parce que la résignation s’installe doucement, sans qu’on s’en aperçoive. Et c’est peut-être cela qui m’inquiète le plus.

 

L’autre image, c’est cette jeune femme de dix-sept ans qui venait de demander le baptême, lors du culte.

 

Deux images qui s’imposent, s’entrechoquent et ne cessent de dialoguer en moi.

Lassitude et résignation ?

Je me suis demandé ce qu’elles disaient de moi. Je crois que c’est parce qu’elles réveillent toutes les deux quelque chose que je porte de plus en plus. Une forme de lassitude… après une longue période de mobilisation, où les mots, les études scientifiques, les débats semblaient une évidence pour qu’apparaisse au plus grand nombre, la réalité, là aussi évidente, du « jour d’après ». Une forme de lassitude … peut-être même de solastalgie, le mal de continuer à vivre chez soi, tout en ayant peu à peu le sentiment que le monde autour de soi n’est plus vraiment le même. Cela peut aller jusqu’à remettre en question de petites bouffées d’oxygène, comme le souffle du running…

 

Et, en même temps, une immense envie de continuer à espérer.

 

J’imagine que je ne suis pas complètement seul, pris dans cette tension latente. « On finit par s’y habituer, s’y résigner », disais-je à l’instant. Et cette sensation m’éprouve. M’éprouve avant tout en tant que père et potentiel grand-père. Je me demande ce qu’elle dit de nous. Est-ce que s’habituer, c’est se protéger ? Ou est-ce que c’est, déjà, un peu renoncer ?

 

Et cette question, je ne sais pas si je me la pose seulement pour le climat. Elle me rattrape aussi quand je pense à notre Église. À ce que nous faisons, dans nos instances, mois après mois. Mutualiser, regrouper, redéployer nos postes. Ce travail est nécessaire, nous le savons bien. Mais je me demande parfois si, à force de gérer ce qui se raréfie, si à force d’adaptation, nous ne risquons pas, sans nous en rendre compte, de nous habituer là aussi … parce que … c’est ainsi… et qu’il le faut bien. Par trouver presque normal ce repli, à s’y conformer tout autant qu’à s’y conforter comme on s’habitue à un été trop chaud mais plus frais que le suivant … au vivant qui s’effondre … à un projet d’adaptation à + 4°C que l’on sait impossible.

 

Une jeune femme me disait récemment : « Quand on commence à agir, l’espoir est partout. »

 

J’aime cette phrase, pleine de la fougue et de l’énergie de la jeunesse … et en même temps elle me résiste un peu. Parce qu’elle suppose qu’on ait encore la force d’agir avant même d’espérer. Et cette force-là, justement, la résignation et la solastalgie nous la prennent, doucement, sans bruit.

Habacuc et Paul

Relisons les derniers versets d’Habacuc (Ha 3,17-18) :

 

17 Car le figuier ne fleurira pas ;
pas de vendange dans les vignes ;
la production de l’olivier sera décevante,
les champs ne donneront pas de nourriture,
le petit bétail disparaîtra de l’enclos ;
pas de gros bétail dans les étables.
18 Mais moi, j’exulterai dans le Seigneur,
je trouverai de l’allégresse dans le Dieu de mon salut.

 

Le prophète énumère tout ce qui manque : le figuier, les vignes, les champs, les étables. C’est un texte de sécheresse, de récolte perdue. On pourrait presque entendre ici le récit d’un monde où tout ce qui faisait vivre est en train de manquer.

 

Et pourtant il dit, en l’actualisant quelque peu : « Pourtant, je veux me réjouir dans le Seigneur. »

 

Il ne dit pas : « tout va bien ».
Il ne dit pas : « la pluie va revenir ».
Il ne nie rien du désastre qu’il décrit.

Mais il refuse que ce qu’il voit soit la seule réalité qui habite son cœur, parce qu’une autre présence habite déjà sa vie.

 

C’est peut-être cela, la confiance. Non pas l’optimisme, qui attend que les choses s’améliorent, mais une assise qui tient même quand rien ne s’améliore. Quand les problèmes ne disparaissent pas, mais cessent d’avoir le dernier mot en nous. Au-delà de la lassitude, habiter la confiance.

Mais la confiance seule, je crois, ne suffit pas tout à fait. Elle peut nous installer, presque malgré nous, dans une forme de paix un peu trop tranquille.

 

La confiance nous donne un sol, un ancrage. L’espérance nous donne une direction, un Souffle.

 

Paul, dans l’épître aux Romains (Rm 8,22-25), écrit que la création tout entière gémit, comme dans les douleurs de l’enfantement. Pas seulement nous. Elle aussi. Ce gémissement, dit-il, n’est pas un signe de fin. C’est un signe de vie qui pousse vers autre chose. Paul emploie deux mots. L’un est elpis, l’espérance. L’autre est hypomonè, la persévérance.

 

L’espérance (elpis) ouvre un avenir.
La persévérance (hypomonè) est la manière de marcher vers cet avenir.

 

Paul décrit une espérance qui n’est pas attente passive de « Lou ravi », mais qui se tient dans la durée et continue de marcher, dans l’endurance, la persévérance, sans résignation. Par-delà l’inquiétude, mettre en vie l’espérance.

Baptême, confiance... espérance

Puis je repense à cette jeune femme. Elle demande le baptême dans une époque où beaucoup auraient de bonnes raisons d’attendre des jours meilleurs. Elle, elle avance. Cela ne résout rien. Mais cela me rappelle discrètement que Dieu continue d’appeler. Et que des femmes et des hommes continuent de répondre.

 

Je trouve que cela fait du bien de s’en souvenir, avant de commencer notre journée.

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Sois tranquille

Compositrice et interprète : Audrey Gravier

Loire en gloire  album Reposer sur ton coeur

Prière

Seigneur,
lorsque la lassitude nous gagne,
garde-nous de nous habituer au renoncement.
Donne-nous une confiance assez profonde
pour tenir dans ce qui manque,
et une espérance assez vivante
pour reconnaître les commencements
que tu fais naître encore.
Amen.

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