Le terme anglais « eco-anxiety » n’est qu’imparfaitement traduit en français par « éco-anxiété » car il recouvre en fait une gamme assez large d’émotions, incluant bien sûr l’inquiétude, l’angoisse ou la peur, mais aussi la tristesse, la culpabilité, l’indignation ou la colère. Les manifestations de la jeunesse en France de ces dernières semaines ne sont pas simplement une colère contre notre gouvernement : on observe en effet également des manifestations similaires en Allemagne, Italie, Belgique, au Portugal, en Grèce, en Albanie… Or si ces mouvements présentent des similitudes, notamment dans l’expression d’une colère profonde, leurs revendications ne se recouvrent pas toujours. Il n’est ainsi pas exclu que cette colère partagée s’ancre dans un facteur commun mais non explicité : l’éco-anxiété. En effet, l’anxiété est une « émotion-masque », la première chose que l’on ressent lorsque l’on ne sait pas ce que l’on ressent…
Souvenons-nous des marches de la jeunesse pour le climat de 2019 ; avant d’être interrompues par la CoVid, elles manifestaient la préoccupation ardente de cette génération pour ce paramètre essentiel de leur avenir, et réclamaient des mesures urgentes. Pourtant, les résultats concrets de ces actions pacifiques et massives ont été… nuls. Or, précisément, une large étude scientifique sur l’éco-anxiété (en anglais) révèle d’une part qu’elle touche, à divers degrés, plus de 80% des jeunes de 16 à 25 ans, et d’autre part qu’elle est corrélée à un sentiment de trahison et d’abandon, lié notamment à une réponse jugée inadéquate de la part des gouvernements. Sans qu’il soit nécessaire pour autant de considérer que les questions climatiques reposent uniquement sur les gouvernements, ne serait-ce que parce que, en démocratie, ceux-ci tiennent en principe compte de la volonté des citoyens, un rapprochement semble possible entre l’absence de décisions politiques courageuses sur le climat, l’angoisse devant l’avenir, et la révolte de cette jeunesse.
