Lassitude et résignation ?
Je me suis demandé ce qu’elles disaient de moi. Je crois que c’est parce qu’elles réveillent toutes les deux quelque chose que je porte de plus en plus. Une forme de lassitude… après une longue période de mobilisation, où les mots, les études scientifiques, les débats semblaient une évidence pour qu’apparaisse au plus grand nombre, la réalité, là aussi évidente, du « jour d’après ». Une forme de lassitude … peut-être même de solastalgie, le mal de continuer à vivre chez soi, tout en ayant peu à peu le sentiment que le monde autour de soi n’est plus vraiment le même. Cela peut aller jusqu’à remettre en question de petites bouffées d’oxygène, comme le souffle du running…
Et, en même temps, une immense envie de continuer à espérer.
J’imagine que je ne suis pas complètement seul, pris dans cette tension latente. « On finit par s’y habituer, s’y résigner », disais-je à l’instant. Et cette sensation m’éprouve. M’éprouve avant tout en tant que père et potentiel grand-père. Je me demande ce qu’elle dit de nous. Est-ce que s’habituer, c’est se protéger ? Ou est-ce que c’est, déjà, un peu renoncer ?
Et cette question, je ne sais pas si je me la pose seulement pour le climat. Elle me rattrape aussi quand je pense à notre Église. À ce que nous faisons, dans nos instances, mois après mois. Mutualiser, regrouper, redéployer nos postes. Ce travail est nécessaire, nous le savons bien. Mais je me demande parfois si, à force de gérer ce qui se raréfie, si à force d’adaptation, nous ne risquons pas, sans nous en rendre compte, de nous habituer là aussi … parce que … c’est ainsi… et qu’il le faut bien. Par trouver presque normal ce repli, à s’y conformer tout autant qu’à s’y conforter comme on s’habitue à un été trop chaud mais plus frais que le suivant … au vivant qui s’effondre … à un projet d’adaptation à + 4°C que l’on sait impossible.
Une jeune femme me disait récemment : « Quand on commence à agir, l’espoir est partout. »
J’aime cette phrase, pleine de la fougue et de l’énergie de la jeunesse … et en même temps elle me résiste un peu. Parce qu’elle suppose qu’on ait encore la force d’agir avant même d’espérer. Et cette force-là, justement, la résignation et la solastalgie nous la prennent, doucement, sans bruit.