Pansement compressif ou aspirine ?

Quand la crise climatique nous invite à nous tourner vers le Christ

Imaginons un blessé souffrant d’une fracture ouverte à la jambe. La priorité est-elle de lui donner un cachet d’aspirine, pour qu’il souffre moins, ou d’arrêter l’hémorragie avec un pansement compressif, même si c’est douloureux pour lui ?

 

Dans le débat sur la généralisation de la climatisation face aux canicules, il y a quelque chose de l’ordre de la symptomatologie qui serait risible si l’enjeu n’était pas si considérable. Ne devrions-nous pas, en priorité, nous demander comment arrêter l’hémorragie, sous peine que le patient ne meure avant que l’aspirine n’ait fait son effet ?

 

Bien sûr ces chaleurs extrêmes sont éprouvantes. Bien sûr il y a des personnes plus fragiles ou particulièrement exposées pour lesquelles il faut trouver des solutions. Mais sont-elles toutes technologiques ? Doivent-elles être nécessairement toutes les mêmes pour tout le monde ? Et surtout, comment faire pour que les solutions n’empirent pas le mal ? Car pour 1 unité de froid produite, par la toute-puissance de la thermodynamique il se fait que l’on rejette dans l’atmosphère, déjà surchauffée, environ 2 unités de chaud…

 

Sans compter que climatiser nos appartements ou nos bureaux ne règlera en rien le problème de la canicule pour le reste du vivant : on ne climatisera pas les champs de blés, les nids des oiseaux, les terriers des lapins, le torrent de la truite… ce qui, au-delà des intérêts propres de ces vivants « autres-qu’humains », aura assez vite un impact sur notre capacité à nous nourrir.

Est-ce que les Eglises peuvent quelque chose à la canicule ?

Comme chacun le sait maintenant, les changements climatiques sont générés par notre boulimie de puissance énergétique. La volonté de toujours plus vite, plus fort, plus loin (et moins cher) nous a conduits à détourner le regard de ce que l’on appelle, en économie, les « externalités négatives » de nos activités. Ainsi, parce que nous refusons toute limite et toute contrainte nous détruisons la création aimée de Dieu et nous aggravons la situation pour les plus fragiles des autres vivants. Dit avec d’autres mots, le fondement du bouleversement climatique est d’abord d’ordre spirituel : dans notre rapport aux limites, à l’argent, aux pouvoirs, à nos « avantages » de tous ordres, nous avons oublié que seul Dieu est Seigneur sur nos vies et nous avons idolâtré d’autres divinités.

 

Alors oui les Églises peuvent quelque chose et doivent s’engager. Parce qu’elles sont expertes en crises spirituelles.

 

Parce qu’elles sont dépositaires de récits, certes souvent très symboliques mais néanmoins éclairants, de périodes où l’humanité a été confrontée brutalement, comme aujourd’hui, aux conséquences de ses aveuglements, de son éloignement des commandements divins, au premier rang desquels l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Parce qu’elles sont expertes en conversion, c’est-à-dire en prise de conscience qu’il existe quelque chose de plus grand que nous, en réorientation de nos vies vers ce qui est réellement vital. Parce qu’elles ont quelque chose de spécial à dire au monde à propos du pardon qui relève, de la résurrection qui renouvelle toute la terre, de l’espérance qui fait vivre, de la foi comme (re)mise en marche.

 

Exiger des climatiseurs partout chez nous, c’est une manière de détourner encore le regard. Tournons-le plutôt vers le Christ, et ce que nous avons à faire nous paraîtra soudain plus clair. Dans la situation que nous vivons, la prière est de l’ordre du pansement compressif, pas de l’aspirine. Parce qu’elle nous tourne, précisément, vers le Christ.

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